[Opinion] Ce que je pense de l’affaire Lord Lombo

[Opinion] Ce que je pense de l’affaire Lord Lombo

16 octobre 2019 3 Par Marc Blessing

Depuis quelques jours, le pasteur Lord Lombo défraye la chronique à cause d’une “maladresse” commise durant un direct sur Instagram. Il a tenu des propos qui ont heurté du monde ; propos blessants du fait qu’ils offensaient les personnes à la peau “foncée”. Les réactions qui ont suivi ne se sont pas fait attendre. La première salve est venue des réseaux sociaux. On a pu y lire à quel point les gens ont été offensés par les propos de Lord Lombo. Ensuite, la ligue de défense noire africaine (LDNA) s’est emparé de l’affaire pour faire annuler ses concerts. Je vais donner dans les lignes qui suivent mon avis sur ce qui se passe.

Tout d’abord je tiens à prévenir que c’est avant tout un avis personnel sur la question, et non une doctrine. Tout ce que je vais énoncer et développer n’engage que moi et moi seul. Mes propos n’engagent nullement une église et encore moins des “hommes de Dieu”. C’est ce que je pense moi, Marc Blessing Nkouna, en tant qu’entité propre.

Concernant les faits

Les propos sont choquants. C’est vrai. A la première lecture de la vidéo, j’ai cru à un canular. Comment Lord Lombo peut-il tenir des propos aussi incontinents ? Quelques jours auparavant d’ailleurs, je l’avais rencontré. L’opinion que je me suis faite de lui ce jour-là est celle d’un jeune homme brillant, intelligent, compétent aussi bien artistiquement qu’intellectuellement. Un homme simple et humble malgré le succès musical et celui de son ministère d’enseignant. Un portrait quelque peu idéaliste de l’homme aux antipodes de ce qu’il dit dans son direct instagram. 

” Venant d’un pasteur, de surcroit un adorateur, un homme aussi public et modèle pour beaucoup, comment peut-il dire de telles choses ? C’est forcément un faux pasteur ! C’est un faux ! ” En substance ce qui se disait sur Twitter et Facebook au sujet de cette histoire.

Premièrement, les propos de Lord Lombo sont déplacés, mais ça ne fait en aucun cas de lui un faux pasteur. Si tel était le cas, alors tous les pasteurs de la terre depuis que l’église existe seraient tous aussi faux que lui.  Car au-delà du caractère spirituel, de l’identité sacerdotale d’un serviteur de Dieu, Lord Lombo reste avant tout un homme. 

L’erreur est humaine

L’homme est imparfait dans sa nature. Si tel n’était pas le cas, Dieu n’aurait jamais eu besoin de sacrifier Jésus pour notre redemption. L’homme fera des erreurs tôt ou tard. Et d’ailleurs faire des erreurs est un passage obligé pour qui veut grandir dans son ministère. Car l’enseignement qu’on en tire forme un caractère, améliore une trajectoire, corrige une personne. Les erreurs d’un serviteur ne font pas de lui un faux oint.

Aussi, l’homme chrétien, né de nouveau, est en perpétuelle correction de Dieu. Il s’améliore chaque jour, il se perfectionne au fur et à mesure qu’il maintient une intimité avec le Saint-Esprit. Les idées d’hier seront demain corrigées par Dieu si elles sont erronées. C’est comme ça.

A ce propos la bible nous enseigne quand on considère les récits des hommes de Dieu de l’ancien et du nouveau testament. Moïse a fait des erreurs ainsi que  Samson, David, Salomon, Pierre, Paul etc.  Cela ne change rien de l’authenticité de leurs ministères respectifs. Car le ministère ne vient pas d’un homme mais de Dieu.  Notre Seigneur dans ses compassions a connaissance de l’humanité d’un serviteur.

L’onction est là pour soutenir le serviteur

C’est d’ailleurs pour cette raison qu’un serviteur est oint. Il reçoit par l’onction une aide, celle de Dieu, pour accomplir ses tâches de service. C’est pour cette raison aussi qu’un chrétien reçoit le Saint-Esprit, nommé à juste titre “paraclet”, c’est-à-dire une aide. Car de nos propres efforts nous ne saurions faire l’oeuvre de Dieu parfaitement,  le péché est dans notre chair.

Un homme recevant l’appel de Dieu s’y enrole en amenant avec lui toutes ses imperfections qui seront corrigées au fil du temps par une vie de piété. Ces imperfections sont liées à son éducation, à son vécu, à ses préjugés, à ses désirs, au milieu dans lequel il a évolué. Autant de facteurs qui ont pour résulat un être à rendre meilleur. Lord Lombo ne déroge pas à cette règle. Le fait d’être un pasteur connu mondialement ne changera rien à cette réalité.

Deuxièmement, la qualité d’un bon serviteur réside aussi dans sa capacité d’humilité. Lord Lombo dit avoir compris être dans l’erreur et a fait une repentance publique. Tout chrétien conduit par le Saint-Esprit doit de fait le pardonner.

La miséricorde de Dieu à notre sujet en est l’exemple

Dans la prière communément appelé “Notre Père”, le Seigneur Jésus nous enseigne à pardonner à ceux qui nous ont offensé. Non pas juste pour pardonner, mais parce qu’on a conscience que nous-mêmes nous sommes pardonnés de Dieu pour tous les péchés qu’on commet. “Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensé”

Nous professons servir un Dieu miséricordieux, mais malheureusment, nous manquons de miséricorde. Un incoverti lapidant Lord Lombo, je le conçois, mais venant de personnes se considérant disciples de Christ, c’est tout de même renversant. Bibliquement parlant, c’est aussi violent que les propos de Lord Lombo qui ont heurté la masse.

Il n’y a pas un jour sans que Dieu nous pardonne, des fois pour des choses extrêmement graves comme ce que Lord Lombo a dit. On est dans la joie quand Dieu est miséricordieux à notre égard. Mais nous sommes incapbles de témoigner de la compassion pour d’autres personnes. Je parle évidemment ici des chrétiens qui le lapident. “Que ceux qui n’ont jamais péché jetent la première pierre”.

J’ai été choqué, j’ai écouté sa repentance et j’ai pardonné. Ca ne fait de lui en aucun cas un faux pasteur, ni un imposteur. C’est simplement un homme comme tout homme qui a dérapé. Certains me diront que ce qu’il a dit, il le pensait. “Sinon il ne l’aurait pas dit”. Je répondrais par l’affirmative. Oui en effet, il a bien pu penser ce qu’il a dit. Mais devons-nous pour autant oublier qu’il vient de la RDC, pays dans lequel le colorisme est ancré dans la société ? Selon moi, c’est ici que le débat devrait se concentrer. 

Le colorisme, cette plaie pour la société noire

J’aimerais ici m’arrêter sur un sujet qui est à mon avis le problème de base de ce que nous révèle cette histoire : “Le colorisme est ancré dans notre société africaine noire”.  Je ne vais pas m’attarder sur les mécanismes historiques et sociétaux qui ont amené notre société à être minée par cette plaie. Je laisse le soin aux anthropologues et sociologues qui sont mieux et plus qualifiés que moi pour en parler.

Par contre, je  peux  constater que c’est pratiquement dans la conscience collective qu’une personne “moins foncée” serait plus belle que les autres. C’est une abérration sans qualificatif assez pertinent pour la décrire. C’est ce phénomène qui conduit des millions de noirs à travers le monde à se décaper la peau.

Lord Lombo est congolais. Au Congo, comme dans beaucoup d’autres pays africains, les blagues les plus saugrenues sur la couleur de la peau sont légions. Je vis avec des congolais depuis 10 ans, ma femme est d’origine congolaise. Je peux vous dire le genre de propos que j’ai pu entendre qui m’ont choqué. A la naissance de ma fille, on m’a dit qu’elle a eu de la chance d’être claire de peau.

Au Gabon, dont je suis originaire, j’ai entendu un jour une maman dire à sa fille : “Il faut épouser un homme myènè (ethnie du Gabon) car ils sont métisses”. Un frère de mon église, ici à Paris, pourtant doté de qualités spirituelles évientes, m’a dit : “Ta fille a eu de la chance de prendre ton teint et non celui de ta femme”. Il ne s’est pas rendu compte qu’il venait par la même occasion de traiter ma femme de moche parce qu’elle est foncée de peau. Ce serait donc une bénédiction d’être claire. On ne se rend pas compte de la gravité de tels propos.

La prise de conscience

Les propos de Lord Lombo sont des propos que l’on entend tout le temps dans nos maisons, dans nos bars, dans nos familles. Malheureusement, même Lord Lombo avait besoin de prendre conscience que c’est des paroles graves, blessantes. Il fallait qu’il comprenne que c’est des déclarations qui hierarchisent la beauté en fonction de la couleur de peau.  C’est très grave en effet. Mal lui en a pris ! Il a reconnu avoir fauté et avoir pris conscience de la gravité des faits.

A mon sens, il est une victime, comme des millions de noirs à travers le monde, d’une société qui a ses tares, ses défauts. Bien qu’il soit un oint de Dieu, bien qu’il soit un homme public, bien qu’il soit un artiste reconnu sur le plan international, même lui, Lord Lombo, a des choses à corriger. Voilà une occasion pour lui d’apprendre qui lui a été donnée. 

De là à faire une guerre violente contre lui pour ses propos, il y a quand même une demesure d’autant plus qu’il a manifesté de la repentance. Ce serait finalement faire l’oeuvre du diable. Car le diable, comme son nom signifie, est l’accusateur de nos frères. Combattre un frère tombé, c’est participer à l’oeuvre de destruction de l’ennemi. 

Pour ma part, j’ai pardonné.  Lord Lombo a toutes mes pensées pieuses. Et je profite pour lui réitérer mon respect et mon affection spirituelle. Car la grandeur d’un homme c’est aussi quand cet homme reconnait ses erreurs.

Je prie aussi pour ceux qui ont été heurté. Il faut combattre de telles choses. J’espère juste que le combat ne se resumera pas à un combat contre une personne mais sera pédagogique pour ôter de notre société le colorisme.

David répondit à Gad: Je suis dans une grande angoisse! Oh! que je tombe entre les mains de l’Éternel, car ses compassions sont immenses; mais que je ne tombe pas entre les mains des hommes! 1 Chroniques 21 : 13

J’ai pensé, j’ai écrit. Mes propos m’engagent seul.